Vous connaissez peut-être déjà Mathieu Legrand, alias Ruptur, précédemment guitariste au sein de BLACK TEARS (du power metal symphonique) puis d’ARCHITECT OF SETH (du death technique). Si ce n’est pas le cas, vous pouvez donc vous tourner vers EXUTORY, son nouveau projet solo au sein duquel il semble vouloir regrouper l’ensemble de ses influences : le death progressif ainsi qu’une dimension metal épique / symphonique…
Avec sa pochette un peu trop propre pour être totalement humaine, « Post Scaenae » contient près d’une heure de musique pour neuf compositions. D’expérience, je sais que c’est souvent trop, les compositeurs tenant absolument à mettre tout ce qu’ils ont composé jusqu’alors… Serait-ce le cas ici ? De mon point de vue, oui, mais plus pour des questions de style que de qualité. Il faut dire que je n’ai jamais été un grand amateur de MISANTHROPE, formation qui me vient le plus à l’esprit lorsque j’écoute la musique de Ruptur, rapprochement probablement surtout redevable au chant en français accompagné de paroles extrêmement riches. Tellement riches d’ailleurs, étoffées, écrites comme l’on écrirait une nouvelle dystopique, qu’elles ne se prêtent pas forcément toujours à une interprétation growlée au timbre monolithique. Les quelques voix féminines sont trop rares pour véritablement jouer un rôle de contre-poids, les aspects vocaux occupant donc en définitive un trop grand espace alors que l’introduction, avec son final power heavy gorgé de solos, laissait espérer une musique davantage instrumentale, progressive… De plus, j’ai du mal à raccorder les thématiques ancrées dans la critique sociale (« Détournements d’argent / Attentats sous faux drapeau / Détournements et viols d’enfants / Magouilleurs et évadés fiscaux) avec l’imagerie ainsi que le genre musical, il y a un décalage qui me perturbe.
Je pourrais cependant faire abstraction du chant et me contenter de noter qu’un tel effort rédactionnel s’avère rare, voire un sacré argument en faveur de cette œuvre d’autant que les paroles sont compréhensibles, nous entendons distinctement chaque mot. Reste donc à s’intéresser à l’autre élément dominant du LP : les guitares. Là encore il faudra occulter quelques détails témoignant du côté « amateur » de l’enregistrement (sur « Méprisée » on entend la main glisser sur le manche, l’effet n’est pas terrible) pour plutôt écouter la bonne technique d’un musicien qui sait composer et a beaucoup d’idées (parfois trop), à l’image de « Prisonnier » : voix féminines, arrangements électro-symphoniques, solos, claviers, nombreux changements de tempos, pour des riffs hélas pas toujours très inspirés, quelques plans bateaux servant de transition entre deux moments épiques.
Ainsi, sur le fond, EXUTORY développe un univers original ainsi que des structures musicales intéressantes mais c’est plus la forme que le bât blesse. Tout d’abord, le manque de variété vocale dessert l’ampleur des textes, on imaginerait facilement plusieurs voix différentes qui alterneraient selon les points de vue, cela allègerait l’écoute et lui apporterait du dynamisme. Je pense aussi que quelques musiciens supplémentaires, notamment un claviériste, permettrait d’éviter le côté un peu cheap de certains arrangements, comme cette voix dans l’introduction tout droit sortie du jeu « Doom ». Enfin, en l’état, une réduction drastique de la durée des compositions pousserait à n’en conserver que le meilleur, le plus efficace.
